Nous, L’Atelier Sans Tabou, avons organisé en 2010 un évènement sur la commune de Sospel (06) appelé sobrement « Workshop Sospel 2010 ». Il s’agissait d’un travail d’un an qui débuta par la rencontre avec une grande partie des acteurs du territoire sospellois : conseillers municipaux, agents territoriaux, élus de divers collectivités locales, membres d’associations, du parc du Mercantour, de l’ADTRB, de la Communauté d'agglomération, du conseil général, acteurs de l’enseignement, mais aussi citoyens sospellois, agriculteurs, commerçants, artistes, collégiens,…

Nous avons fait venir en Juillet 2010 plus de trente étudiants venant d’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et d’Ecole Nationale Supérieure de Paysage de toute la France, pendant deux semaines. Hormis le gite et le couvert, ces étudiants sont venus sans attendre de la moindre rémunération. Ils ont travaillé sur le devenir de la commune à long terme. Regroupés en équipe pluridisciplinaires, ils ont fourni aux Sospellois cinq approches différentes du processus d’évolution de leur territoire.

La croissance urbaine n’est pas quelque chose qui s’observe, mais quelque chose qui se décide.

Encore faut-il en avoir conscience et expérimenter plusieurs hypothèses, pour qu’au moment venu, les bons choix puissent être faits. Le Workshop Sospel 2010 fut ce laboratoire. Chaque projet d’étudiant a été élaboré grâce à l’aide de professionnels architectes, urbanistes, paysagistes, géographes, historiens, venant de la France entière, et même de Suisse, souvent connus et reconnus au-delà de ces frontières. Encore une fois, c'est plus de vingt personnes qui sont venues bénévolement, sans être rémunérées, uniquement défrayées.

Cet évènement, loin d’être hermétique, fut l’occasion de faire se rencontrer professionnels, étudiants, acteurs du territoire et habitants de Sospel. Les ateliers étaient ouverts au public, les conférences et les rendus ont été le théâtre de vives discussions où tout le monde en ressortait grandi de la vision de l’autre. Ce furent deux semaines d’échanges, et plus encore lors de l’exposition qui se déroula en Janvier 2011. De nombreux habitants ont soutenu cette démarche et l’ont appuyée, certains y ont même participé. Les Sospellois se sont sentis concernés, la presse locale et nationale s’en est fait l’écho.

Au delà de l'intérêt direct pour la commune et son avenir, le workshop fut aussi l'occasion d'expérimenter cette méthode de travail qu'est le workshop, et de réunir professionnels et étudiants autours du débat sur l'avenir des territoires ruraux, abandonnés à la spéculation sauvage, loin des grands concours d'architecture et d'urbanisme. Cet exercice a donné lieux à une publication réalisée par L’Atelier Sans Tabou et éditée par L’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Marseille, inscrite aux archives de la Bibliothèque Nationale de France et diffusée à travers le pays pars les réseaux d’enseignement supérieur, qui gravera cet évènement dans la durée et dont chaque lecteur en sera le témoin.

L’Atelier Sans Tabou, composé de douze architectes, paysagistes et urbanistes, a travaillé une année entière à l’organisation et à la bonne tenue de l’évènement dans le seul but d’offrir à Sospel des outils pour comprendre et élaborer sa propre vision d’avenir du territoire de la commune. Nous avons travaillé au titre du volontariat.

Le bon sens, l’enthousiasme de chaque personne citée plus haut, la logique de la démarche aurait voulu que l’évènement se poursuive une année supplémentaire à Sospel. Nous aurions souhaité organiser un nouveau workshop, suite directe du premier et centrée sur l’idée d’une coopération spatiale possible entre espace urbain et espace agricole : ces deux activités peuvent-elles se nourrir mutuellement, comme complémentaires et ainsi former une nouvelle forme urbaine. Cette réflexion est au cœur des débats dans plusieurs municipalités, ministères et organismes de recherche. Ce sujet est d’actualité dans un pays où l'on s’est rendu compte que le territoire est un bien précieux, qui ne se gaspille pas, qui se résonne, au même titre que les besoins énergétiques.

Malheureusement, malgré l’appui de Monsieur le Maire et de quelques uns de ses conseillers, l’ensemble du conseil municipal de Sospel n’a pas saisi les enjeux que nous lui exposions depuis plus d’un an et demi. Sous prétexte de raison financière (une subvention de 5700€ nécessaire à l'organisation de prochain workshop, soit un dixième du budget total), celui-ci a refusé notre demande de soutien. En outre, nous présentons le plus explicitement possible notre démarche depuis plus d'un an aux élus municipaux, nous les invitons à chaque débat, chaque conférence, chaque exposition, la plupart du temps en vain.

Devant un tel déni, L’Atelier Sans Tabou ne peut continuer son aventure à Sospel.

Nous avons donc pris la décision de poursuivre notre réflexion sur la cohabitation urbaine/agricole dans un autre lieu. Nous prendrons le temps de trouver une ville où le travail honorifique de plus de 60 personnes sur son territoire, sera accueilli avec entrain. Nous prendrons le temps de trouver une ville dont les décideurs seront plus accueillants à l’idée que plus de soixante personnes travaillent honorifiquement sur leur territoire. Il n’y aura donc pas de nouveau Workshop en 2011, organisé par L-AST. Cette année de répit va nous permettre de creuser le sujet, de rencontrer les personnes au fait de cette problématique, des acteurs publics engagés et intéressés, de poursuivre nos recherches sur la pédagogie et la communication du savoir architectural et paysager. Nous allons également laisser libre court à notre créativité et diversifier nos projets.

Nous n’oublions pas Sospel pour autant. Nous souhaitons réellement avoir un jour des interlocuteurs à la hauteur de l’investissement que tous les intervenants du « Workshop Sospel 2010 » ont fourni. Ce sera toujours pour nous un plaisir de venir réfléchir de nouveau sur ce territoire que nous apprécions tant. Nous sommes bien sûr inquiets de la façon dont les responsables vont gérer l’élaboration du PLU de la commune. On ne peut cesser de penser à toutes ces villages qui n’ont pas de démarche prospective, pas de projet sur le long terme et qui confient les clefs de leur avenir à une agence d’urbanisme, souvent la moins-disante, et qui, au mieux, reproduira le POS actuel, au risque de sacrifier un territoire sur l’autel de la pression foncière, de la spéculation et de l'urbanisme incontrôlé mu par des promoteurs sans scrupules.

Quelque soit le nouveau lieu d’expérimentation de L’Atelier Sans Tabou, nous ferrons part des résultats à la commune de Sospel, en espérant que ses élus se rendent compte, avant qu’il ne soit trop tard, que tout ceci est loin de n’être que futilités.